vendredi 18 octobre 2024

Wolf, Fox, Galerie Bortier et maintenant le RATZ... Qui est Thierry Goor et comment la SA Choux de Bruxelles a bâti son empire ?

Thierry Goor, entrepreneur belge septuagénaire, est le fils de Cécile Goor, femme politique proche de Paul Vanden Boeynants (VDB), membre du PSC tendance CEPIC 

"En fait moi j'ai commencé dans l'édition. Enfin bon, l'édition... je faisais des magazines, tu vois?  
Quand j'étais à l'unif, j'adorais skier. Je faisais le guide des sports d'hiver, le guide du tennis, le guide du golf. J'ai fait ça pendant mes études - qui étaient des études un peu bidon d'admnistration des affaires mais bon, j'ai fait ça pour faire plaisir à mes parents (rire).
Et puis comme j'adorais skier, je me suis dit : Quels sont les plans pour aller skier à l'oeil ?
Donc j'ai fait un guide des sports d'hiver, du coup je me faisais inviter dans les stations. A un moment j'ai revendu tout ce qui était "Edition" et je me suis tourné vers la communication."

Après plusieurs années dans la communication, notamment pour le Casino de la Ville de Bruxelles, où il se lie d'amitié avec Philippe Close, futur bourgmestre de Bruxelles, cet entrepreneur, qui se dit parti de rien, cofonde en 2006, avec son associé Pascal Lambert, la société Polygone. Après une ascension rapide et une entrée fracassante en Bourse, à Bruxelles et à Paris en 2010, Polygone se retrouve rapidement dans l'oeil du cyclone. Un transfert des activités (et surtout des actifs) de Polygone vers une nouvelle structure éphémère, appelée The Manifest sera acté en janvier 2012 et en octobre de la même année, la faillite de Polygone est prononcée. La société The Manifest elle-même ne tardera pas à être mise elle-même en liquidation, après répartition des bénéfices aux actionnaires.

Thierry Goor se tourne alors vers la création de Food markets et fonde la S.A. Choux de Bruxelles avec Pascal van Hamme

Issus l'un et l'autre d'un milieu aisé et pouvant compter sur un carnet d'adresses bien rempli, Thierry Goor et Pascal Van Hamme investissent rapidement des lieux emblématiques et/ou de prestige de la capitale et de Knokke, ville de la côte belge fréquentée par de nombreux hommes d'affaires que, par son entourage familial, Thierry Goor connaît bien. Il fondera d'ailleurs la Gazette du Zoute pour ce qu'il considère comme sa ville d'adoption, longtemps dirigée par Léopold Lippens, frère de Maurice Lippens, coprésident du groupe Fortis et propriétaire de nombreux lotissements, ainsi que golf, du club de tennis et du Zwin.

Le détournement de la Galerie Bortier avec la complicité active de la Régie foncière de la Ville de Bruxelles !

Début 2024, au terme d'un processus de découragement et d'éviction de la plupart des libraires de la galerie Bortier, surnommée la Galerie des Bouquinistes, la Régie foncière de la Ville de Bruxelles confie la gestion de la Galerie Bortier à la S.A. Choux de Bruxelles, société faîtière d'un véritable empire de micro-sociétés. 

Une opération peu transparente, dénoncée par une pétition de plus de 13.000 signataires, en soutien aux libraires et contre cette entreprise de démolition d'un patrimoine de 176 ans au profit d'un énième food-market dans un centre-ville... où les commerces de bouche sont déjà surreprésentés.

Cette transformation de la Galerie en Food market est en outre dénoncée sur le plan juridique, car elle est contraire au PRAS (Plan Régional d'Affectation au Sol). En septembre 2024, lors des travaux, un panneau en marbre et un médaillon en fonte, éléments de la Galerie Bortier classés depuis 1996, sont endommagés par un décapage visiblement trop agressif.

L'ouverture a finalement lieu le 24 novembre 2024 en présence du bourgmestre Philippe Close, venu y annoncer le lancement officiel des Plaisirs d'Hiver et, bien sûr, saluer la "résurrection" de la Galerie Bortier...

Mais la sauce a du mal à prendre, le lieu se prêtant mal à des odeurs de graillon en tous genres et six mois plus tard, le Polpo, le Naanry et Dierendonckx (annoncé comme un "commerce de proximité" mais qui ne proposait que des burgers) quittent le navire. 

Ils sont remplacés progressivement par une pizzeria, un burger-frites, tandis que le KAWA installe son comptoir à la place du Dierendonckx. La salle 7, baptisée "Café littéraire", devient le salon de thé du Kawa et la salle à manger du Mezzeway, voisin de la galerie, qui ne dispose que d'un comptoir et pas d'espace pour les clients.

Durant les mois qui suivent, le turn-over se poursuit, les brasseurs disparaissent à leur tour, ne restent comme offres de boissons que les matchas et les Spritz.

Après le Wolf, le Fox et la Galerie Bortier... le RATZ ! 

En février 2024, la pré-ouverture du Ratz, street food qui surfe sur "'l'identité asiatique", fait un bad buzz sur les réseaux sociaux qui dénoncent l'image négative et colonialiste véhiculée par le "concept" : nids de poule dans le revêtement en béton, eau qui dégouline, pauvreté reconstituée pour le plus grand plaisir de riches blancs qui viennent s'encanailler dans cette atmosphère  "authentique" : tout un programme!  

Thierry Goor menace de "poursuites judiciaires pour harcèlement" et se défend en évoquant Pairi Daïza, parlant d'un simple DÉCOR!

Et c'est bien là le problème : cette pauvreté supposée représenter "l'Asie" n'est qu'un simple décor, tout comme les librairies encore présentes de la Galerie Bortier, tellement instagrammables, tandis que les libraires sont réduits au rôle de simples figurants - à qui Thierry Goor demande, heureusement sans succès, de s'adapter aux horaires de l'Horeca, du lundi au dimanche! 

Le décor, faire-valoir du food court, et le food-court, attrape-mouches de clients qui viennent... boire !   

Dans ce concept, même les restaurateurs ne sont que les figurants d'un décor. Sous couvert de "tout le monde est logé à la même enseigne", le développeur du projet prend 15% sur le chiffre d'affaires de ces restaurateurs ubérisés.
Or ce sont surtout les boissons qui rapportent, sur lesquelles l'exploitant a l'exclusivité, les marques et des profits. Les cocktails et Spritz pré-batchés, en fût de plusieurs centaines de litres, permettent d'embaucher une main d'oeuvre, souvent jeune, à peine formée, peu au courant de ses droits et tenue à la confidentialité et, bien sûr, mal payée.

Un "modèle" économique peu vertueux et une menace pour les restaurateurs indépendants du quartier Matonge/Saint-Boniface où s'est implanté le RATZ qui regorge de restaurants de qualité.

Les food markets, Cheval de Troie de gros projets immobiliers

L'autre volet, peu visible, de cet empire des food markets, est lié à l'immobilier, via de gros projets tels que MIX, gros complexe multifonctionnel où se côtoient salle de sport, centre de wellness, hôtel, coworking et événements.

Dans l'Organe d'administration de la srl RATZ, on trouve d'ailleurs une classe B d'actionnaires directement issus de l'immobilier. Un choix qui doit alerter sur l'emprise potentielle de ces projets sur tout un quartier et la volonté à peine voilée d'attirer un "autre type" d'habitants "à meilleure capacité contributive", en clair, une volonté de gentrifier le quartier.

Sur Instagram et tiktok, des dénonciations de cette gentrification fleurissent, avec humour, comme avec Felix la Frappe, une réflexion plus urbanistique, avec le Collectif Destriparchitects, ou encore ici, avec Violaine Lafontaine, juriste-pénaliste et habitante du quartier, qui met en parallèle le rouleau compresseur de la gentrification et les contrôle au faciès dont elle est quotidiennement témoin.

Tour Bastion et Porte de Namur, de gros projets annoncés dans quartier, avec... les mêmes acteurs ! 

Mais l'histoire ne s'arrête pas là, ni l'appétit des entrepreneurs aux dents longues qui gravitent autour de Thierry Goor, Pascal Van Hamme et la (constellation de sociétés de la) SA Choux de Bruxelles, puisque de nouveaux projets sont annoncés sur LN24, dans un reportage au ton dourereux: Pensez donc, à la Tour Bastion, un magasin Kartell au rez-de-chaussée, un food market à l'entresol, un hôtel-capsules et, non loin de là, un MIX, comme à Boitsfort, avec Thierry Goor, encore ! 
De quoi attirer à la Porte de Namur un tout autre public "de qualité, je vais dire", s'émerveille la journaliste.

Autant dire qu'on n'a pas fini de découvrir et de mettre en lumière cet empire - alimentaire, immobilier, financier - en train de s'étendre et la "Choux de Bruxellisation" en cours dans notre ville et dans nos quartiers, avec la bénédiction admirative des pouvoirs publics et la complaisance de la plupart des médias mainstream. 

Bon appétit !  

 

La SA Choux de Bruxelles, société faîtière d'un système bien rôdé !

Constellation de sociétés qui gravitent autour d'elle, la SA Choux de Bruxelles est un véritable empire des food markets, dont l'interface Thierry Goor est chargé de véhiculer l'image "cool" et le côté "artisans de bouche" des participants aux projets.
Pour dresser l'architecture complète de cet édifice, il faudrait un expert comptable et fiscal! On se contentera, ici, de citer les sociétés impliquées dans le montage financier de la galerie Bortier.
 
Ma petite entreprise connaît pas la crise... 
 
C'est SA Choux de Bruxelles qui signe le bail de location avec la Régie foncière. A ne pas confondre avec la SRL Choux de Bruxelles Catering, même si ce sont les mêmes personnes qui sont derrière les deux sociétés. 
 
 
Société florissante, sa valeur comptable nette au terme de l'année 2024 affichait la coquette somme de 9.833.669€.
 
En mai 2025, c'est une deuxième société, la srl Bivouwagg, qui introduit la demande de permis de régularisation du changement de commerces classiques en commerces Horeca.
 
Cette société a été constituée en 2020 avec un capital négatif de 68.000€. 
 
D'année en année, elle n'affiche aucun chiffre d'affaires, dans les comptes de résultats de ses bilans, mais déclare, en revanche, des rémunérations pour des montants allant de 50.000€ à 140.000€ selon les années.
 
 
Si bien qu'à la fin de l'année 2024, cette société affichait une perte de 689.278€
 
 
Une troisième société est citée dans le dossier de demande de permis : la srl Food Market Invest (en abrégé FMI!).

Ses résultats sont similaires à ceux de Bivouwagg, avec une perte de 696.101€ à la fin de l'exercice 2024.
 
  
Un montage financier où la structure faîtière engrange les bénéfices, tandis que les sociétés satellites concentrent les pertes, réduisant ainsi les risques puisqu'en cas de malheur, il suffit de les liquider, elles et leurs pertes... et de recommencer ailleurs! 
Un modus operandi "légal" mais profondément biaisé, injuste et poussé ici jusqu'aux limites de ce qui est juridiquement "acceptable"...  
 
Pour ce faire, nos associés peuvent compter sur le juriste Alain Zenner, venu à la Galerie Bortier présenter son ouvrage de recettes intitulé "Sept conseils pour éviter (ou adoucir) une faillite", présenté comme un "ouvrage de référence sur le droit de l’insolvabilité où cet éminent juriste livre ses conseils aux dirigeants d’entreprise qui traversent une période difficile et qui cherchent à rebondir au plus vite". 
 
Une soirée qui s'est tenue au "Café littéraire" de la galerie.  
Un grand moment "culturel", à n'en pas douter!
 

Le "Café littéraire", janvier 2026

La Galerie vidée de ses principales librairies, janvier 2024
 
 
 Les départs se succèdent. Ici Juillet 2025