Thierry Goor, entrepreneur belge septuagénaire, est le fils de Cécile Goor, femme politique proche de Paul Vanden Boeynants (VDB), membre du PSC tendance CEPIC (qui fut dans les années 80, l'aile d'extrême-droite de l'ancêtre de l'actuel parti des Engagés)
Après plusieurs années dans la communication, notamment pour le Casino de la Ville de Bruxelles, cet entrepreneur, qui se dit parti de rien, cofonde en 2006, avec son associé Pascal Lambert, la société Polygone. Après une ascension rapide et une entrée fracassante en Bourse, à Bruxelles et à Paris en 2010, Polygone se retrouve rapidement dans l'oeil du cyclone. Un transfert des activités (et surtout des actifs) de Polygone vers une nouvelle structure éphémère, appelée The Manifest sera acté en janvier 2012 et en octobre de la même année, la faillite de Polygone est prononcée. La société The Manifest elle-même ne tardera pas à être mise elle-même en liquidation, après répartition des bénéfices aux actionnaires.
Thierry Goor se tourne alors vers la création de Food markets et fonde la S.A. Choux de Bruxelles avec Pascal van Hamme
Issus l'un et l'autre d'un milieu aisé et pouvant compter sur un carnet d'adresses bien rempli, ils investissent rapidement des lieux emblématiques et/ou de prestige de la capitale et de Knokke-le-Zoute, ville de la côte belge fréquentée par de nombreux hommes d'affaires que, par son entourage familial, Thierry Goor connaît bien. Il fondera d'ailleurs la Gazette du Zoute pour ce qu'il considère comme sa ville d'adoption, longtemps dirigée par Léopold Lippens, frère de Maurice Lippens, coprésident du groupe Fortis et propriétaire de nombreux lotissements, ainsi que golf, du club de tennis et du Zwin.
Le détournement de la Galerie Bortier avec la complicité active de la Régie foncière de la Ville de Bruxelles !
Début 2024, au terme d'un processus de découragement et d'éviction de la plupart des libraires de la galerie Bortier, surnommée la Galerie des Bouquinistes, la Régie foncière de la Ville de Bruxelles confie la gestion de la Galerie Bortier à la S.A. Choux de Bruxelles, société faîtière d'un véritable empire de micro-sociétés.
Une opération peu transparente, dénoncée par une pétition de plus de 13.000 signataires, en soutien aux libraires et contre cette entreprise de démolition d'un patrimoine de 176 ans au profit d'un énième food-market dans un centre-ville... où les commerces de bouche sont déjà surreprésentés.
Cette transformation de la Galerie en Food market est en outre dénoncée sur le plan juridique, car elle est contraire au PRAS (Plan Régional d'Affectation au Sol). En septembre 2024, lors des travaux, un panneau en marbre et un médaillon en fonte, éléments de la Galerie Bortier classés depuis 1996, sont endommagés par un décapage visiblement trop agressif.
L'ouverture, sans cesse reportée, a finalement lieu au printemps fin septembre octobre le 14 le 22 novembre
2024.
Mais la sauce a du mal à prendre et six mois plus tard, le Polpo, le Naanry et Dierendonckx (annoncé comme un "commerce de proximité" mais qui ne proposait que des burgers) quittent le navire.
Ils sont remplacés, des mois plus tard, par une pizzeria, un burger-frites, tandis que le KAWA installe son comptoir à la place du Dierendonckx. La salle 7, baptisée "Café littéraire", devient le salon de thé du Kawa et la salle à manger du Mezzeway, voisin de la galerie, qui ne dispose que d'un comptoir et pas d'espace pour les clients.
Après le Wolf, le Fox et la Galerie Bortier... le RATZ !
En février 2024, la pré-ouverture du Ratz, street food qui surfe sur "'l'identité asiatique", fait un bad buzz sur les réseaux sociaux qui dénoncent l'image négative et colonialiste véhiculée par le "concept" : nids de poule dans le revêtement en béton, eau qui dégouline, pauvreté reconstituée pour le plus grand plaisir de riches blancs qui viennent s'encanailler dans cette atmosphère "authentique" : tout un programme!
Thierry Goor se défend (et menace de "poursuites judiciaires pour harcèlement") en évoquant Pairi Daïza (!) et en parlant d'un simple DÉCOR
Et c'est bien là le problème : cette pauvreté supposée représenter "l'Asie" n'est qu'un simple décor, tout comme les librairies encore présentes de la Galerie Bortier, tellement instagrammables, et les libraires, de simples figurants !
Le décor, faire-valoir du food court, et le food-court, attrape-mouches de clients qui viennent... boire !
Dans ce concept, même les restaurateurs ne sont que les figurants d'un décor. Sous couvert de "tout le monde est logé à la même enseigne", le développeur du projet prend 15% sur le chiffre d'affaires de ces restaurateurs ubérisés.
Or ce sont surtout les boissons qui rapportent, sur lesquelles l'exploitant a l'exclusivité, les marques et des profits. Les cocktails et Spritz pré-batchés, en fût de plusieurs centaines de litres, permettent d'embaucher une main d'oeuvre, souvent jeune, à peine formée et mal payée.
Un "modèle" économique peu vertueux et une menace pour les restaurateurs indépendants du quartier Matonge/Saint-Boniface où s'est implanté le RATZ qui regorge de restaurants de qualité.
Les food markets, Cheval de Troie de gros projets immobiliers
L'autre volet, peu visible, de cet empire des food markets, est lié à l'immobilier, via de gros projets tels que MIX, gros complexe multifonctionnel où se côtoient salle de sport, centre de wellness, hôtel, coworking et événements.
Dans l'Organe d'administration de la srl RATZ, on trouve d'ailleurs une classe B d'actionnaires directement issus de l'immobilier. Un choix qui doit alerter sur l'emprise potentielle de ces projets sur tout un quartier et la volonté à peine voilée d'attirer un "autre type" d'habitants "à meilleure capacité contributive", en clair, une volonté de gentrifier le quartier.
Sur Instagram et tiktok, des dénonciations de cette gentrification fleurissent, avec humour, comme avec Felix la Frappe, une réflexion plus urbanistique, avec le Collectif Destriparchitects, ou encore ici, avec Violaine Lafontaine, juriste-pénaliste et habitante du quartier, qui met en parallèle le rouleau compresseur de la gentrification et les contrôle au faciès dont elle est quotidiennement témoin.
Tour Bastion et Porte de Namur, gros projet dans quartier, avec... les mêmes acteurs !
Mais l'histoire - et l'appétit des entrepreneurs aux dents longues qui gravitent autour de Thierry Goor, Pscal Van Hamme et la (constellation de sociétés de la) SA Choux de Bruxelles, puisque de nouveaux projets sont annoncés sur LN24, dans un reportage au ton mielleux : pensez donc, à la Tour Bstion, un magasin Kartell au rez-de-chaussée, un food market à l'entresol, un hôtel-capsules et, non loin de là, un MIX, comme à Boitsfort, avec Thierry Goor, encore !
De quoi attirer à la Porte de Namur un tout autre public "de qualité, je vais dire", s'émerveille la journaliste.
Autant dire qu'on n'a pas fini de découvrir et de mettre en lumière cet empire - alimentaire, immobilier, financier - en train de s'étendre et la "Choux de Bruxellisation" en cours dans notre ville et dans nos quartiers, avec la bénédiction admirative des pouvoirs publics et des médias mainstream.
Bon appétit !
Galerie Bortier - Photo septembre 2024


